On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans

Portrait de Rimbaud à 17 ans

On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans est le premier vers d'un poème d'Arthur Rimbaud écrit en 1870 et intitulé Roman.

Portrait de Rimbaud à 17 ans
Portrait de Rimbaud à 17 ans (1871 - Étienne Carjat, Domaine public, via Wikimedia Commons)

On n'est pas sérieux, et on peut écrire des conneries, en faire et même en penser. On peut être un con à dix-sep ans. Ensuite, on peut le rester, mais on peut aussi évoluer, apprendre la vie et sa complexité au contact de l'altérité, devenir chaque jour un peu moins con.

Quand j'avais dix-sept ans, j'étais sérieux, sans doute un peu trop pour mon âge. Les circonstances. Je tenais un journal et j'ai dû y écrire des horreurs ou tes conneries, mais tout cela a disparu définitivement, incinéré ou enfoui avec les ordures ménagères. À sa juste place, en somme.

De nos jours, le petit con de dix-sept ans ne remplit pas de cahier. Il écrit des "posts", réalise des "shorts" et étale sa connerie sur les réseaux sociaux. Il reçoit de vastes quantités de dopamine à chaque "Like", à chaque interaction virtuelle et anonyme avec d'autres cons que lui.

Quand il aura trente ou quarante ans, qu'il soit devenu un vieux con ou qu'il ait évolué de façon plus positive, cet ex jeune con aura sans doute oublié tout cela. Mais Internet, lui, n'oublie rien. Et il y aura peut-être quelqu'un pour retrouver et lui opposer les publications de sa jeunesse.

Je trouve cette situation profondément triste, car on doit avoir le droit d'avoir été con à dix-sept ans. On doit aussi avoir le droit à l'oubli. À l'oubli de que l'on fut, dont peut-être on n'est plus très fier, à l'oubli de ce l'ont dit, de ce que l'on écrivit.

Evidemment ces quelques réflexions me sont venues suite aux révélations de Médiapart concernant Jordan Bardella. Qu'on ne se trompe pas sur mes intentions : je ne veux absolument pas défendre le dirigeant d'extrême droite. D'ailleurs, il s'enfonce de lui-même dans une stratégie de déni, alors même que des preuves tangibles sont apportées. Il se discrédite en mentant. Pourquoi n'a-t-il pas répondu, avec humilité,  qu'on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans ?

Peut-être parce qu'il n'a pas lu Rimbaud. Ou c'est peut-être que, comme l'a écrit Brassens, le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con, on est con.