Depuis plusieurs mois, j'ai la volonté de procéder à une dégooglisation de ma vie numérique. Noble idée, mais très difficile à mettre en œuvre de façon complète. Mais, en y allant pas à pas et en ayant conscience des limites de l'opération, on peut avancer quand même. Voici donc un petit retour d'expérience qui sera peut-être utile à d'autres.
Tout d'abord, avant de se lancer dans des manipulations, il est bon de s'interroger sur ses motivations : pourquoi vouloir "dégoogliser" sa vie numérique ? Et puis, que cela signifie-t-il ?
Le terme dégoogliser n'est probablement pas le plus adapté. En effet, il ne s'agit pas seulement de ne plus utiliser, ou d'utiliser le moins possible les services de Google, mais aussi plus largement de s'éloigner de tous les services et logiciels offerts par ce qu'il est convenu d'appeler les GAFAM, ces multinationales étasuniennes en situation de quasi-monopole dans le monde numérique actuel.
Ensuite, pourquoi ? La première chose qui vient à l'esprit, parce que nous sommes, en Europe très sensibilisés au problème de l'utilisation de nos données personnelles, nous qui passons notre temps à devoir accepter les cookies sur le web, c'est la confidentialité. Ce n'était cependant pas ma motivation principale au départ.
Il y a aussi la sécurisation dans le temps de l'accès à ces données.
Le témoignage de Nicolas Guillou, juge français à la Cour Pénale Internationale (CPI) a joué un grand rôle dans ma décision de passer à l'action. Ce magistrat a approuvé en août 2025 le mandat d'arrêt émis contre le premier ministre Benjamin Netanyahu. En représailles, le département du Trésor étasunien l'a placé sous sanctions, au même titre que des terroristes ou des trafiquants de drogue. Cette section interdit aux entreprises étasuniennes de lui fournir des services : le juge Guillou a donc été exclu de nombreux systèmes numérisés, y compris les systèmes de paiement bancaire étasuniens comme VISA et MasterCard (en situation de monopole pour les cartes de paiement fournies par les banques françaises). Plus aucun accès aux réseaux sociaux, plus d'achat sur Amazon, plus de réservation sur Airbnb...
Il s'agit donc très généralement de ne dépendre qu'au minimum possible des entreprises étasuniennes, sachant qu'il ne semble pas possible de n'en pas dépendre du tout, signe d'un abandon européen de l'idée de souveraineté numérique depuis de nombreuses années. Le meilleur respect des données personnelles, la confidentialité, sont des effets positifs « collatéraux » de cette démarche.
Plus largement, l'association Framasoft a organisé il y a quelques temps une vaste campagne intitulée Dégooglisons internetdénonçant les problèmes causés par la domination des géants du web :
Capitalisme de surveillance ;
Dérives démocratiques ;
Fermeture sur une seule vision de société ;
Centralisation des données et des attentions.
Image issue du site de Framasoft
En ce qui concerne les dérives démocratiques, ne pas oublier cette image marquante montrant tous les patrons de la tech étasunienne aux pieds de Trump.
Les grands patrons de la Tech étaient présents à la cérémonie d'investiture de Donald Trump, le 20 janvier 2025. De gauche à droite, Mark Zuckerberg (Meta), Jeff Bezos (Amazon), Sundar Pichai (Google) et Elon Musk (Tesla, SpaceX). (SIPA) - Photographie parue sur le site https://www.lesechos.fr/monde/ameriques/midterm-aux-etats-unis-les-champions-de-la-tech-deja-a-la-manoeuvre-pour-peser-sur-les-elections-2182966
Ce qu'il faudrait changer
Faisons un état des lieux avant les changements effectués. J'étais très utilisateur (et enthousiaste !) des services de Google : moteur de recherche, notes dans Keep, messagerie Gmail. À cela s'ajoute le smartphone Android avec Google Maps. Enfin, j'avais souscrit un abonnement payant à Google One, à 99 €/mois, qui me permettait de
profiter d'un espace de stockage en ligne de 2 To (Drive), partagé entre les cinq membres de la famille. Cet espace hébergeait tous nos fichiers professionnels ou scolaires, mais aussi toutes les photos et les mails de la famille. Pour finir, nous avons pris l'habitude de communiquer en utilisant WhatsApp, application sur laquelle nous avons créé un « groupe famille » permettant d'échanger aussi avec les grands-parents. Il y a du boulot ! Bon alors, allons-y pas à pas !
Ce que l'on change finalement
Moteur de recherche
Le plus facile : le moteur de recherche. J'en ai testé beaucoup. Les critères de choix sont essentiellement l'efficacité (le moteur choisi doit donner des résultats pertinents) et la confidentialité, avec si possible l'absence de publicité. De plus, un moteur européen serait bien sûr préférable. Un seul a répondu à tous ces critères, il s'agit de Startpage. Par le biais d'une extension, il est très simple de le définir comme moteur de recherche par défaut. Il s'agit d'un entreprise néerlandaise, le siège est au Pays-Bas, dont je viens néanmoins de découvrir qu'elle fait partie de System1, une société cotée en bourse basée aux États-Unis.
Un choix 100 % européen serait Qwant, moteur de recherche français auquel je vais donner une seconde chance. En effet, je l'avais testé il y a quelques années, et rapidement abandonné car les résultats n'étaient souvent pas pertinents.
Courriel
Il est assez facile de remplacer Gmail car on peut souvent créer plusieurs adresses mail auprès de son fournisseur internet. Pour ma part, comme je possède un nom de domaine pour mes sites web, mon hébergeur me permet de créer autant d'adresses que je le souhaite. L'adresse Gmail sert donc de moins en moins : je la remplace petit à petit par une adresse personnelle sur tous les sites où elle me servait d'identification.
Notes et pense-bête
En cherchant à remplacer certains services ou logiciels, je suis parfois tombé sur des pépites. Je pense présenter certaines d'entre elles dans un futur article. Pour remplacer Google Keep, par exemple, j’utilise désormais Joplin et j'en suis très satisfait. Mes notes sont conservées dans mon cloud, je peux y accéder depuis mon PC et depuis mon smartphone.
Cloud et stockage en ligne
Le plus lourd et le plus stressant aura été le changement de stockage en ligne. Une rapide étude des possibilités existantes m'a permis de réduire radicalement le nombre de candidats. Mes exigences étaient les suivantes :
Serveurs situés en Europe ;
Au moins 2 To d'espace ;
Client Windows et Linux pour la sauvegarde en temps réel sur PC ;
Application Android pour la sauvegarde en temps réel des photos et vidéos prises avec le téléphone ;
Possibilité de partager l'espace avec au moins cinq utilisateurs, chacun bénéficiant d'un espace indépendant.
Prix accessible.
Finalement, l'offre kDrive Team d'Infomaniak est une des seules qui réponde à toutes ces exigences. Le transfert des documents de travail et autres fichiers divers se fait très facilement, mais l'importation des photos de Google Photo est assez fastidieuse. De plus, kDrive ne propose pas de traitement particulier pour les photos, elles sont considérées comme de simples fichiers, donc on perd beaucoup de fonctionnalités « sympa » de Google Photos, comme la reconnaissance faciale, la recherche par élément du contenu des photos, etc. Mais justement, ces fonctionnalités « sympa » sont possibles parce que Google voit et analyse mes photos, traite et stocke toutes ces données personnelles. Infomaniak ne le faisant pas, il ne va pas pouvoir me dire où j'étais à telle date et avec qui, ou me sortir la liste des photos de chats dans toute ma collection. Il faut accepter de ne pas retrouver toutes les fonctionnalités des services des géants étasuniens, elles font leur force, mais elles démontrent aussi leurs dangers.
Réseaux sociaux
Je n'ai jamais été très utilisateur des réseaux sociaux, donc pas de difficulté de ce côté-ci. Je regrette beaucoup la belle époque de Twitter car j'y suivais beaucoup de collègues qui partageaient des ressources intéressantes. Tous cela est maintenant noyé dans la m... qu'est devenue X et la plupart des collègues sont partis.
Parce qu'il faut raison garder et avancer pas à pas, il n'est pas question de se débarrasser d'un coup de tous les services étasuniens (je ne sais même pas si c'est possible).
Android
Le système d'exploitation du smartphone, pour l'instant, va rester Android. Pour en changer, il faudrait changer d'appareil. Il existe bien des OS alternatifs, mais a priori non testés sur mon modèle. Il s'agira donc de faire des choix éclairés quand le moment sera venu de le remplacer.
Il est cependant possible de grandement limiter les fuites de données en paramétrant correctement Android et en choisissant ses applications avec soin. Je pense en faire un article dédié à l'avenir.
WhatsApp
L'application Signal est souvent conseillée pour éviter WhatsApp. Cependant, elle est aussi étasunienne. Le principal problème est que si vous changez d'application de messagerie, il faut que vos contacts changent aussi... Mission impossible ! L'utilisation d'une nouvelle messagerie serait possible uniquement pour les échanges avec les contacts très proches (noyau familial), en conservant WhatsApp pour les autres contacts.
Dans cette hypothèse, la candidate la plus sérieuse me semble être l'application suisse Threema, qui est payante.
Conclusion
Le travail est en cours et il devra être complété dans la durée. Il y a beaucoup à faire, mais, déjà, les progrès sont immenses. Le plus gros enjeu pour moi était le changement de fournisseur de stockage en ligne. C'est chose faite !